vendredi 15 octobre 2010

Noëlle Leclerc, la nécessité de transmettre

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Noëlle Leclerc est retraitée depuis 2008. Noëlle a plus d’une passion : elle aime montrer ce qu’elle fait et partager ses savoirs avec les gens, elle aime l’enluminure pour la paix qu’elle procure à celui qui la fait, elle aime les livres pour le plaisir de lire et l’art de la reliure.


La reliure, Noëlle l’a apprise avec monsieur Falkenroth qui est mort cette année, un grand relieur au service des communes de la région puis du centre Jean Morette où il transmettait son art. Là elle a appris à débrocher et recoudre en se faisant la main sur sa collection d’auteurs russes qu’elle adorait dans sa jeunesse et dont elle avait encore toute la collection en format de poche. Du livre au parchemin Noëlle est passée à l’enluminure, c'est-à-dire l’ornementation de la première lettre du premier mot de la première phrase d’une page. C’est une pratique qui remonte au moyen-âge et à la confection d’ouvrages religieux par les moines copistes et enlumineurs. Les pages sont en parchemin, c'est-à-dire en peau animale et c’est toute une alchimie pour parvenir à peindre. Les dessins sont rehaussés à l’or fin et la préparation des sous-couches est longue, minutieuse et mystérieuse car on utilise les mêmes techniques qu’au moyen-âge. Le « mordant », la couche préparatoire est faite de plusieurs couches de gomme ammoniaque, gomme arabique et eau de miel avant d’être poncée à l’agate pour obtenir une surface si lisse que lorsque on pose la feuille d’or, on peut se voir dedans. C’est un travail en plusieurs étapes qui développe la patience et l’intériorité. Noëlle aime les mots attachés à cette pratique. Eux aussi viennent du moyen-âge et elle a envie de communiquer cet amour pour donner envie de lire aux gens.

Depuis une dizaine d’année maintenant, Noëlle anime les ateliers de français du centre social Le Lierre à Thionville, en bonne entente avec Stéphanie Bucci qui coordonne les ateliers. Le jeudi, les groupes de nouveaux arrivants qui ne parlent pas notre langue et le vendredi, des groupes de perfectionnement pour ceux qui ont quelques difficultés.
Monique, Chantal et Saveiria élaborent le roman du GR20


Ces ateliers ont commencé quand Noëlle était encore animatrice au foyer des jeunes travailleurs où elle avait été embauchée pour remettre la bibliothèque en ordre justement. Noëlle qui est secrétaire de formation avait arrêté de travailler quatorze ans pour s’occuper de ses enfants. Madame Niedercorn, la directrice du F.J.T, lui permettra de passer le diplôme d’animatrice le BEATEP qu’elle obtiendra en janvier 2000. A quarante quatre ans Noëlle, qui venait d’une famille sans problème particulier, découvre les difficultés que peuvent vivre certains jeunes. Pour venir en aide à ceux qui ont du mal avec la langue elle se forme à l’I.R.F.A aux techniques de lutte contre l’illettrisme. Mais avec le temps elle a appris que la méthode ne suffit pas : il faut avoir envie de faire avancer les gens et s’intéresser à eux. Savoir les écouter et se remettre toujours en question. C’est une aide personnalisée et Noëlle s’adapte aux besoins des gens. Une jeune ingénieure russe aura besoin d’un apprentissage ardu et sera capable d’assimiler un vocabulaire très spécifique alors qu’une jeune maman aura besoin de pratiquer assez la langue pour faire ses courses, déchiffrer un courrier administratif, contrôler le carnet de notes des enfants. Pour ça Noëlle se sert de logiciels d’apprentissage par modules phonétiques et grammaticaux ce qui nécessite aussi une approche de l’ordinateur et de son fonctionnement. Les participants pratiquent chaque module et Noëlle évalue leurs progrès régulièrement jusqu’à assimilation complète du module.


Noëlle, qui a dix sept ans voulait être institutrice a d

écouvert grâce au bénévolat une façon d’être utile et d’aider les gens au cas par cas. Si elle prend en compte la situation particulière des gens, elle ne dépasse jamais son rôle de formatrice. Pour aider, il faut garder la bonne distance.

Elle a appris à voir les gens au-delà des aprioris qui font de tous les étrangers des profiteurs. Elle sait que ce n’est pas vrai et que la plupart a vraiment envie de s’intégrer. C’est un échange de savoir réciproque.

Avec Saveiria , Chantal et Monique, Noëlle a inventé un nouvelle façon de trouver du plaisir à se perfectionner en français.

Ensemble, elles ont construit une histoire qui a pour cadre le chemin de randonnée qui traverse la Corse, le G.R 20 qui offre autant de possibilités d’écriture que d’étapes. L’histoire se nourrit des difficultés rencontrées sur le chemin réel et demande donc un effort de recherche documentaire.

Les dessins et enluminures sont réalisés par les ateliers d’art de « de Guise » et ces dames ont hâte de voir le livre fini avec leur nom dessus car cela fait maintenant deux ans qu’elles s’y consacrent.


article publié sur wikithionville




Aller plus loin.
envoyé par lelierre. - Films courts et animations.

jeudi 24 juin 2010

Annie Hackenheimer : le monde du spectacle


Militant C.G.T, le père d’Annie était le seul rouge de la famille. Les Hackenheimer étaient plutôt des militaires et des douaniers. Lui était dispatcheur à Micheville, l’homme qui règle l’alimentation en gaz du haut fourneau. Toujours de service, avec son brassard rouge pour passer les piquets de grève, le haut fourneau ne devait pas s’arrêter. Le grand-père maternel lui, était pétainiste et lisait à Annie Victor Hugo quand elle avait dix ans. La liberté et la culture à la maison.

Augustine, la grand-mère d’Annie, était une femme indépendante. Couturière de métier, elle avait habillé tout le quartier et non seulement elle est propriétaire de sa maison à 30 ans mais elle se marie à 32 avec Emile Hackenheimer, mutilé de guerre.

autour d'Emile et Augustine en 1956 C’est elle qui encouragera Annie à quitter la maison.

L’enfance d’Annie résonne encore de la guerre. Le four crématoire du camp de concentration de Thill existe encore. Les déportés, évacués en septembre 1944, fabriquaient des v1 et des v2 dans une usine souterraine installée dans une mine.

Annie à l'extrême gauche

Son père, jeune homme, a cotoyé la résistance dans l'entourage d’Armand Sacconi, le futur maire de Villerupt de 1959 à 1986. Pendant la guerre d’Algérie il montera la garde devant la mairie pour prévenir les attentats de l’O.A.S.



Sa mère, membre de l’union des femmes françaises enverra des colis aux soldats.


A 18 ans Annie sent qu’elle perd son temps à l’école. Depuis l’âge de treize ans elle participe aux activités de la M.J.C, et en particulier à l’atelier théâtre avec J.P Minechetti, le fondateur du festival du film italien.



En août 68 elle suit une tournée d’été dans les maisons familiales de l’union mutuelle ouvrière sur la côte d’azur : en rentrant elle est dégoutée de l’école…

Ce qu’elle veut c’est travailler : son père lui a dit qu’elle partira quand elle aura trouvé un travail. A la maison il n’y a ni punition ni récompense. Ses parents partent du principe que c’est à elle de savoir ce qui est bon pour elle.


Annie signe son premier contrat de travail en octobre 1969 : elle a vingt ans et se lance dans l’animation au centre de loisir Sollac de St Nicolas en forêt. Dans l’atelier théâtre qu’elle crée, elle rencontre son futur mari et les trois ans de différence entre eux vont faire jaser : Annie est mutée au centre Jacques Brel à Thionville en 1972. La gymnastique pour dames ne la passionne pas, et en 74 elle entre comme éducatrice en formation au club de prévention de la côte des roses fondé par un couple de libanais, les Chaiaz.


Très vite Annie a du mal à travailler dans la confusion des genres. Elle est trop impliquée émotionnellement, il lui est souvent demandé d’héberger des usagers. L’équipe éducative n’a aucune distance. Pourtant elle peut enfin mettre sur pied concerts et expositions en partenariat avec les centres qui l’ont remercié.

Avec son jeune mari Michel Thomas elle a fondé le théâtre de l’araignée en 1974. En 1978 elle quitte le club et se consacre entièrement à l’Araignée à qui le passage à gauche des villes de la vallée de la Fensch ouvre des possibilités de tournée.

Vendredi noir: une des réussites du théâtre de l'Araignée


Tout le monde dans la compagnie a le statut d’intermittent du spectacle et touche les mêmes cachets à partir de 1980. Annie est actrice, organisatrice des tournées, assistante du metteur en scène : en tant que femme de troupe elle doit pouvoir faire un peu de tout. La vie du théâtre est difficile. Difficile de faire venir les gens pour acheter les spectacles. Difficile de faire venir le comité d’expert de la direction de la culture qui se déplace rarement en province. Le théâtre n’est pas visible.


Il peut vivre sans la commission de la Drac mais, toujours en galère.

Le travail d’Annie est de préparer la saison : le budget et le planning. Il faut faire signer les engagements de spectacles au plus tôt pour pouvoir réserver les acteurs et metteurs en scène à temps car ceux-ci travaillent pour plusieurs compagnies. Les ateliers du théâtre jeune public et du club de prévention du centre ville fonctionnent bien. La force de Michel Thomas est d’inclure tous les enfants dans le spectacle. Il n’a jamais viré personne : « tu ne peux pas parler ! Alors tu bouges ». Il arrivait toujours à sortir quelque chose d’un adolescent.

En 1988 premier redressement judiciaire à négocier pour Annie.

En 1995 dissolution du théâtre pour effacer une dette Urssaf et création de l’araignée théâtre2 en scope Sarl, gérée par les acteurs associés.

Le théâtre vit des ateliers, des spectacles et de 35% de subvention. La troupe vit du statut d’intermittent : à l’époque 52 cachets de 100€ par an donnent droit à 1000€ d’allocation par mois.

Le C.D.T.N sous la direction de Stéphanie Loïc, achetait quelques spectacles. Monsieur Gutman arrive, l’araignée n’est plus dans l’abonnement, monsieur Gutman attend de voir le travail : il ne viendra jamais . La vie devient plus dure.

Marie Duratti et Michel Thomas


Jouer à la recette hors abonnement ne couvre pas les frais d’un spectacle qui mobilise six personnes sur le plateau.

En 2005 un arriéré de caisse et un retard de subvention vont précipiter la liquidation judiciaire du théâtre.










Annie Hackenheimer, la vraie vie d'une élue.

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Annie a été élue au conseil municipal en 2008 sur la liste d’union de la gauche et le 3 mars 2010, élue à la communauté d'agglomérations Portes de France qui regroupent 13 communes. Elle travaille aujourd’hui comme employée de vie scolaire à la maternelle St Pierre. Elle prépare aussi les relations publiques de son troisième Festival du Réel en vue, la compétition de film documentaire du centre le Lierre à Thionville qui peut bénéficier ainsi de son expérience du monde du spectacle.











Festival du Réel en vue: projection à la Scala, en présence de Frédérique Lesage, producteur du film"de l'autre côté"



mercredi 9 juin 2010

Evelyne Pigato: à la rencontre des sans-papiers


Evelyne Pigato est enseignante à l’école St Pierre à Thionville. C’est une école biculturelle ce qui signifie que les cours sont dispensés en français et en allemand.

Evelyne est elle-même française, elle est née à Villerupt et italienne par ses parents. Les Pigato faisaient partie de la dernière vague d’immigration italienne en France dans les années cinquante, ils venaient de Marostica. Monsieur Pigato était maçon, sa femme était céramiste puis couturière : elle cousait pour toute la famille.

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Tous deux étaient parmi les premiers membres du cercle de l’U.L.E.V, unione Lavoratori Emigrati Veneti, une des trois associations italiennes toujours active à Villerupt. Evelyne a passé tous ses étés à Marostica jusqu’à ses seize ans. En Italie elle circule incognito, elle aime ce sentiment d’appartenir à la population. En 1996, enseignante fraichement diplômée, elle participe à un programme d’échange franco-allemand de maîtres du premier degré dans une école allemande de Trèves en Rhénanie-Palatinat : elle enseigne le français.




Dans l’école, il y a un groupe important d’enfants d’origine turque en difficulté scolaire. Ils prennent goût à son cours : leurs bons résultats vont leur redonner le sourire.


Quand Evelyne revient en 99, elle enseigne à l’école St-Pierre et continue à se former. Elle passe sa maîtrise de français langue étrangère à l’université de Metz puis un master professionnel.

En 2006, elle est en poste à l’école du Centre et c’est là qu’un déclic se produit. Dans sa classe il y a un enfant sans-papiers : ces jeunes élèves vivent constamment dans l’angoisse d’être expulsés dans leur pays d’origine. Grâce à lui Evelyne va découvrir le monde des demandeurs d’asile et l’antenne thionvilloise de R.E.S.F[2], le réseau d’éducation sans frontière.




Le réseau intervient pour concrétiser les demandes d’asile de ces gens qui arrivent en France dans des conditions difficiles puis les oriente et suit leur dossier. Cela demande des compétences précises qu’elle n’a pas et Evelyne choisit d’aider à sa façon en prenant les enfants en charge pour des sorties et des activités.



Elle réussit par exemple à leur proposer des activités culturelles grâce à la directrice de la médiathèque de Florange et aussi des activités sportives grâce à un ami qui leur ouvre son club de ping-pong. Cela les sort des structures d’hébergement où ils vivent confinés avec toute leur famille dans de minuscules chambres.

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Mais les permanents du réseau sont beaucoup plus sollicités. En plus de traiter l’ensemble des dossiers, ils sont capables d’intervenir 24 heures sur 24 pour répondre à une demande d’aide urgente. C’est une tâche usante et aujourd’hui Evelyne constate l’épuisement du noyau dur du réseau de Thionville. Avec ses amies elle a tout de même organisé une fête de Noël pour les enfants dans une salle municipale dans le simple but de leur changer les idées.

Fichier:livre1.jpgdessins de Yahia al Salo


Depuis qu’elle s’est impliquée dans le monde des demandeurs d’asile, elle a rencontré ici et en Allemagne, des migrants dans des situations pénibles. Elle s’est liée d’amitié avec un professeur de philosophie congolais, Guy Bosco Eba et un doctorant irakien, Al Bagdadi animés par la même passion : écrire ce qu’ils ressentent.


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dessin de Céleste


Quelques mois après leur rencontre, ils réunissent leurs poèmes et un livre d’artiste prend forme grâce aux illustrations de Céleste, une artiste peintre de la région et Diego, le cousin d’Evelyne, un artiste peintre italien. La guerre, les papiers, la détresse, la vie, l’Amour et l’espoir sont les thèmes de ce livre. Quelques exemplaires ont été édités mais aucun éditeur n’a voulu prendre le relais pour l’instant.

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Pour Evelyne Pigato, enseigner ne se limite pas à la transmission des savoirs mais consiste également à transmettre des valeurs et développer l’esprit critique des élèves. De nombreuses personnes croient en ces valeurs de solidarité qui naissent autour des demandeurs d’asile et on peut espérer une reprise des activités du réseau.


jeudi 27 mai 2010

Marie Dobbelaere, le temps de réfléchir







Marie Dobbelaere vit à Gand en Belgique. Elle a vingt ans et fait des études pour travailler dans le social.

L’année dernière elle a fait un stage à Bruxelles dans une association très créative, Pigment dont le travail de lutte contre la pauvreté a été salué par un prix de 20000€.

Travailler à Bruxelles cela veut dire parler français et si Marie a appris la langue à l’école, elle a besoin de se perfectionner.





Aussi cette année, pour son stage elle a cherché une institution en Wallonie mais sans succès. L’école supérieure Artevelde avait des connections, mais directement en France, pas en Belgique même.


centre ville de Gand

Deux langues c’est une richesse mais en Belgique, les choses se compliquent dès qu’il faut discuter les lois et les gouvernements finissent par tomber. Pourtant la séparation avec les wallons ne changerait rien à la vie de tous les jours mais il y a de moins en moins de solidarité entre les deux parties du pays.



En lien avec son école, c’est donc l’IRTS de Ban St Martin qui envoie Marie au Fomal de Thionville pour un stage de quatre mois.


Marie au Fomal



Là elle côtoie les résidents du centre d’accueil en tâchant de les aider pour les petites choses. Le plus important est d’installer une relation informelle comme parler avec eux sans relation hiérarchique. Mais pour les résidents ce n’est pas facile d’être dans un endroit pour recevoir de l’aide. Ils ont besoin qu’on les envisage comme des êtres humains avant tout. Le travail de Marie est de gommer cette dépendance des résidents envers le travailleur social. Elle porte d’abord son attention sur ce qui va bien dans la vie des résidents pour leur permettre de développer le pouvoir qu’ils ont sur leur vie et les amener à faire les choses eux-mêmes.

Son expérience en France l’a sortie de son monde. A Gand elle vit avec des gens qui ont eu la même éducation et le même genre de problèmes. Dans le foyer universitaire où elle habitait pendant son stage, il n’y avait pas de français et les gens venaient du monde entier. Elle a réalisé que pour ceux qui venaient d’Afrique par exemple et qui vivent avec 200€ par mois, la vie est trop chère ici. Leur ferveur religieuse l’a aussi étonnée, elle allait à la messe chaque semaine avec une amie du foyer.

Sinon en France, il y a toujours des problèmes avec les papiers. Rien que pour son dossier d’inscription on lui a demandé le compte de téléphone portable de son père, son salaire, un relevé d’électricité. En Belgique on n’est pas aussi exigeant et on n’est pas contrôlé plusieurs fois de suite par la police comme elle a pu le voir en se promenant dans les rues de Metz avec un ami noir.



Marie a toujours vécu avec ses parents et elle avait l’habitude de faire toujours beaucoup de choses sans avoir de temps pour réfléchir. Marie appartenait à un groupe jeune et nature et pendant deux ans elle était responsable de l’organisation des activités. Il fallait trouver une activité par semaine, éditer un petit journal tous les trois mois et créer une bonne atmosphère entre les équipes pour que chacun puisse dire ce qu’il pense. Les membres étaient tous amis mais il fallait gérer les réunions de façon stricte et ne pas se perdre en paroles mais poser des actes.



Vivre seule lui a permis de changer son regard sur le monde et d’être contente des petites choses qu’elle arrive à réussir. Elle ne connaissait personne et le fait de toujours avoir à parler à des gens qu’elle ne connaît pas a été comme un défi : se prouver à elle-même qu’elle est « Marie », se forcer à parler ou bien rester seule, même si c’est difficile d’exprimer ses sentiments dans une langue étrangère.


mercredi 19 mai 2010

Angela Simonyan, la musique sans frontière

















Angela Simonyan est née le 27 aout 1994 en Arménie. Sa grand-mère et sa mère ont connu l’Arménie soviétique. La grand-mère regrette une époque où tout le monde avait du travail, elle travaillait en usine, la mère apprécie la liberté d’expression qui existe aujourd’hui, elle était professeur de Musique.

Aujourd’hui elles demandent l’asile en France.

Pour elles, la France était un pays de culture et d’égalité entre les hommes et les femmes, les riches et les pauvres, un paradis humanitaire. Le pays de la liberté.



La mère d’Angela a refusé le mode de vie de son mari et il a fallu quitter l’Arménie.

Angela n’avait pas imaginé son arrivée en France comme ça : elle ne savait pas qu’elle aurait un hôtel pour maison. Pour ses camarades de classe elle est avant tout étrangère, pas réfugiée. Elle a donné une interview au journal parce qu’elle ne pouvait pas dire non mais Angela n’aime pas étaler sa vie en public.

La vie de réfugiée c’est ne jamais savoir quand la lettre de la préfecture va arriver. Cette lettre qui ordonne de quitter le pays, certains l’ont déjà reçu dans l’hôtel. Angela et sa famille ont déjà reçu un refus de l’O.F.P.R.A et attendent la réponse de leur deuxième recours. Si elles sont là c’est qu’elles ont choisit la France : elles ne pensent pas à repartir.


A Thionville, c’est l’association Athènes qui aide les demandeurs d’asile dans leurs démarches et dans la vie de touts les jours.


En attendant, sa mère et sa grand-mère suivent les cours de français de la paroisse notre Dame et Angela fait aussi l’interprète pour elles et les gens de l’hôtel. C’est un plaisir de pouvoir aider. Elle se souvient trop bien quand elle ne parlait pas encore français et que personne ne l’aidait. Il lui a fallu un mois pour commencer à parler. Quand on arrive sans parler un mot et que personne ne comprend ce qu’on dit, il faut décider d’apprendre très vite pour s’adapter. Aujourd’hui encore Angela ne parle pas beaucoup en classe car elle a besoin d’être en confiance pour oser parler librement.


Angela va au collège et suit les cours de violon d’Elisabeth Bauer au conservatoire. A la demande M. Filippi, curé de notre Dame, Roland Kirch qui a une longue carrière de violoniste symphonique derrière lui, a accepté de faire répéter Angéla car à l’hôtel il n’est pas possible de jouer sans déranger les voisins.

Angela fait du violon depuis l’âge de huit ans.


Pour elle, la musique c’est comprendre et sentir, apporter quelque chose de soi dans le jeu. A l’église notre Dame, Angela a joué «l’oiseau» un morceau de Komitas, célèbre musicien arménien exilé à Paris pendant le génocide. La musique veut ce qu’elle veut , l’émotion passe et les larmes viennent aux yeux de ceux qui l’écoutent.




En Arménie, Angela a eu le 1er prix du concours « route de la renaissance » quand elle était en 6ème. En 2006 elle a quitté la chorale à la quelle elle appartenait pour se consacrer au violon et deux mois après la chorale partait en France accompagner Charles Aznavour et Hélène Ségara (qui est aussi d’origine arménienne) sur la scène de l’Opéra Garnier à Paris …

Et la voilà ici, elle a laissé ses amis derrière elle et commencé son autre vie à zéro. Angela voulait partir, elle ne pouvait plus continuer à jouer du violon là-bas.





vendredi 30 avril 2010

Latifa Chaabt, Micheline Salvatore, Nacera Kelsen-stein: nous sommes la frontière.


Latifa, Micheline et Nacera

pour réfléchir au thème du Réel en vue 2009 nous avions posé les caméras du centre "Le Lierre" au 21 boucle de la Milliaire à Thionville dans les locaux du centre Jacques Prévert. Nous republions cet article pour accompagner la sortie d'un film sur les quartiers de la Milliaire de StPierre et de Bauregard.

Latifa Chaabt, Micheline Salvatore et Nacera Kelsen-stein parlent entre elles de la notion de frontière. Latifa commence.

Il y a des frontières visibles et des frontières qu’on ne voit pas mais qu’on ressent, on s’arrête on demande la permission d’entrer. Soit on a le visa et on entre, soit on ne l’a pas et on s’en retourne. C’est ça la frontière invisible : il ya ce respect pour la personne et j’attends. Ai-je la permission d’entrer dans son monde ? Chacune a besoin de ses petites frontières : si la personne ne garde pas son secret, c’est une gène.

Nacera n’arrive pas à exprimer ce qu’est la frontière car la frontière est partout : dans la culture, dans la religion, dans le travail, dans la personne elle-même, par exemple, la religion en est une : elle dit ce que doit faire la femme.


Micheline se rappelle la première fois qu’elle a du manger séparément de ses amis masculins en Tunisie. Elle a l’habitude de partager avec ses amis et cette séparation l’a choqué. Ce jour-là elle avait failli partir : elle n’avait pas osé poser la question. Micheline pense que les tunisiens sont timides et renfermés et qu’il ne faut pas poser de question sur ce qui se passe chez eux.


On lui a dit plus tard que c’était la coutume mais personne n’a jamais pu lui expliquer pourquoi.

Nacera ne voit là rien de choquant car ça se fait encore aujourd’hui, les garçons vont avec leur père, les filles avec leur mère. Elle explique la séparation par la timidité : les femmes ne peuvent pas rire devant un étranger. « Nos mères sont comme ça, on a été élevées comme ça. Ce n’est pas de maintenant. »


Quand elle était enfant, Latifa supportait assez bien les marques de différences à l’école, « tu n’as pas la même couleur, tu ressembles à du chocolat » : elle cherchait à s’intégrer, il fallait vivre. Quand elle a eu des enfants, c’est devenu moins évident à supporter. Elle voulait que ça change, elle ne voulait pas que ses enfants subissent la même chose qu’elle.


Nacera elle, s’est intégrée facilement et directement à la société française et elle en parle avec ses enfants: ils sont nés ici, ils sont français. Mais elle redoute un rejet possible à cause de leur nom de famille français. Elle prépare ses enfants car elle ne voudrait pas qu’ils souffrent en grandissant, d’être rejetés de la communauté arabe.


Latifa remarque que quand elle va là-bas au Maroc, elle n’est pas considérée comme les gens du pays et quand elle est ici , elle est toujours obligée de se battre pour légitimer son appartenance à son pays, la France. A chaque fois elle se sent un peu perdue et elle a besoin de faire le point. Elle a deux pays. La France est une grosse part d’elle-même, le Maroc ses origines.


Micheline sait que la langue tue et qu’il faut réfléchir avant de parler car les mots restent : une fois la personne vexée on ne peut plus rien changer à ça.

Ce qui l’a fait le plus souffrir par le passé, c’est le regard des autres sur sa petite taille, ces gens qui la dévisageaient et se retournaient quatre, cinq fois sur son passage. Elle rigole elle-même de sa petite taille sinon elle resterait toujours au passé. Alors même elle, elle passe par-dessus aujourd’hui.


Nacera dit qu’il ne faut pas écouter les gens, que quand on veut faire du mal, on trouve. Latifa ajoute qu’on est des êtres humains avec leurs défauts et leurs qualités. On se fabrique des maisons, des jardins des petits terrains, on délimite, on est content… Après, on détruit, on est content…

Heureusement le racisme physique diminue. D’une époque à l’autre, il y a des progrès. Ce qui est bien c’est que les enfants d’aujourd’hui sont très éveillés. Le monde moderne a un impact sur eux et bizarrement, elle n’a pas peur pour eux. Plutôt que de tirer la couverture d’un côté ou de l’autre, il faut essayer de la stabiliser dans une atmosphère saine pour tout le monde. Et trouver un juste milieu entre Orient et Occident. La perfection n’est ni l’Orient ni l’Occident, mais les deux. C’est la force de Latifa, elle en est fière et elle fait en sorte que ses enfants communiquent ça à leurs camarades pour qu’ils s’échangent ces richesses.


la rue Paul Albert sépare le quartier en deux : de la vient la nécessité des locaux du 21 bcle de la Milliaire




le film réalisé avec l'office du tourisme sur le quartier



Ballade périphérique : de la milliaire à Beauregard.
envoyé par lelierre. - Regardez les vidéos des stars du web.