lundi 12 avril 2010

Katherine Kombia: une A.M.A.P à Thionville

Katherine Kombia est née dans un petit village de Bretagne. Son père, musicien, tenait une café-restaurant avec sa mère, couturière. Le restaurant était la cantine d’une petite entreprise du village et chaque week-end son père jouait de l’accordéon pour les habitués.

La famille avait son potager et les enfants allaient chercher le lait, le beurre et les œufs dans une ferme voisine. De cette enfance rurale Katherine a gardé la nostalgie de produits frais, de saison et de qualité.

Aujourd’hui, elle est la présidente de Terre citadine, une association dont l’objectif est de créer sur l’agglomération thionvilloise une AMAP, association pour le maintien de l’agriculture paysanne, affiliée au réseau national.



Une A.M.A.P est l’association d’un maraîcher et d’un groupe de consom’acteurs :


Le maraîcher s’engage à :


- approvisionner régulièrement et fournir des produits de haute qualité (sanitaire, nutritionnelle) selon les modalités définies avec l’association (agriculture paysanne ou bio)

- être « transparent » sur les conditions économiques, sociales et écologiques de production


Les adhérents à l’A.M.A.P s’engagent à :


- acheter à l’avance la récolte sur une période donnée pour recevoir un panier hebdomadaire

- être Solidaire dans les aléas de la production : partage des risques et des bénéfices naturels

- participer à la vie associative : organisation des distributions de paniers, participation aux travaux collectifs (2 demi-journées minimum par an)


L’idée de monter une A.M.A.P est venue à katherine Kombia en faisant ses courses : un jour, elle réalise que salades et pommes de terre font beaucoup de kilomètres avant d’arriver au supermarché. N’y a-t-il pas moyen de faire autrement ?



Un tchatche-café organisé sur le thème de l’AMAP par l’association d’éducation populaire A.T.T.A.C au début de l’été 2008, attire une trentaine de personnes : le sujet intéresse les citoyens !

Un collectif est alors organisé qui se charge de démarrer le projet et prendre les premiers contacts.

Fin 2009, l’association Terre citadine est crée avec cinquante cinq adhérents. Pour les membres de l’association, il ne s’agit pas de changer le monde mais d’obtenir une amélioration concrète à une échelle humaine.

dessins: Lefred-Thouron

Cinquante cinq adhérents, c’est un bon nombre car une A.M.A.P ne peut pas fonctionner correctement en augmentant indéfiniment sa production. C’est pour cette raison que dès qu’une A.M.A.P atteint un seuil d’adhérents suffisant, elle essaime. C’est à dire qu’elle parraine la création d’une autre association, en lui faisant profiter de ses acquis et de ses savoirs pratiques.


Les municipalités de l’agglomération de communes sont intéressées par le projet, Yutz par exemple, a proposé des terres à exploiter le long de la Moselle et Thionville, un verger à réhabiliter sur la colline de Guentrange. La fin de l’ère sidérurgique et la proximité du Luxembourg ont attiré de plus en plus de transfrontaliers à Thionville. Il a fallu beaucoup construire pour loger tout le monde et cela s’est souvent fait au détriment des parcelles de maraîchage.

Aujourd’hui, les derniers maraîchers existant sur le secteur sont en instance de retraite et Terre citadine cherche encore un maraîcher avec qui s’associer et développer son modèle d’agriculture. Le C.F.P.A de Courcelles-Chaussy à côté de Metz, organise depuis un an une formation au maraîchage bio. Un partenariat est à l’étude et c’est peut être de là que viendra le futur maraîcher de Terre citadine.




mercredi 17 mars 2010

Stéphane Pfaff: le calme après la tempête


Stéphane PFAFF est originaire de Metz. Il a vingt huit ans. Il est résident du Fomal, le foyer d’aide aux libérés. La rue, les foyers il connaît depuis qu’il a quitté la maison.

Il a 18 ans, sa mère lui fait suivre une annonce de manœuvre en boucherie et il part en Allemagne travailler à la tâche pour une boîte française. Pas de rapport avec les gens de l’usine, il est là pour parer la viande jusqu’à ce que le frigo soit vide : 300 carcasses à sortir parfois, il gagne 17000 francs (2600€ environ) par mois, un désosseur 25000 (3800€ environ).

Il lâche ce job pour un autre qui lui file sous le nez, Stéphane ne sera pas boucher. Il traîne trois quatre ans à Sarreguemines où il logeait pour être plus près de l’Allemagne et travaille grâce à une association intermédiaire, Cap emploi. Viré du foyer où il séjourne, il reprend la route vers Metz. Toutes ces années, il fait les 400 coups et il s’en fout.

Stéphane arrive un jour dans un l’hôtel, avenue comte de Bertier à Thionville. Il se sépare de la copine qui l’accompagne et un soir de 2009 il se retrouve à Florange, chez des gens qu’il a rencontrés par hasard, pour une soirée bien arrosée. Une dispute violente éclate entre ses hôtes : la femme quitte l’appartement en criant suivie par son mari. Stéphane ne peut laisser faire, il dévale l’escalier de secours pour les rejoindre en bas de l’immeuble, s’interpose et quand il se retourne…

Il a tout oublié. Quand il revient à lui, Stéphane est dans une chambre d’hôpital. Il sort d’un coma de deux jours avec une cicatrice sur le torse et douze points de sutures. Ses parents sont à son chevet, il a frôlé la mort.

Et tout a changé dans sa vie. Stéphane devient plus respectueux, il se comporte mieux avec les gens et il comprend qu’il est temps qu’il pense à lui-même. L’alcool est une maladie. Avant il faisait ce qu’il voulait et il avait une mauvaise image. Aujourd’hui il se sent mieux et veut donner une meilleure image de lui.

Pendant les trois semaines qu’il a passé à l’hôpital seuls ses parents et un ami sont venus le voir. Lui qui croyait avoir tant d’amis. Parfois, c’est mieux de rester tout seul. Il n’a de compte à rendre à personne sinon à sa mère et à son père : s’il fait bien les choses ils seront contents aussi.

Cela fait cinq mois qu’il occupe seul un des appartements du Fomal au quartier des Basses-terres. Il préfère ça à la cohabitation avec des gars avec qui ce n’est pas toujours simple. Là il s’occupe de son ménage, il est responsable de l’état de son logement. Il a signé un contrat avenir pour remettre des appartements en état avec le Fomal. Travailler au Fomal lui permettra de commencer à apprendre le métier avant de se lancer dans une formation de tapissier-peintre à l’A.F.P.A. Il faut être sur de son choix car il y a un délai de deux ans entre chaque possibilité d’inscription.

Après il passera le permis. Au Fomal, Hélène, une des éducatrices, l’aide à remplir les papiers, à gérer son budget et l’accompagne en entretien.

Reste à Stéphane à apprivoiser sa blessure et à continuer à reprendre confiance en lui.

Thionville est un peu petit, il y voit toujours les même têtes mais en même temps, comme la famille est éparpillée entre Moulin et Jœuf en passant par Maizières, Stéphane se trouve à un carrefour et il n’a qu’à sauter dans le train pour rejoindre ses sœurs ou sa mère et rattraper le temps perdu.










mercredi 3 mars 2010

Jeannette Meille refuse les étiquettes


Jeannette Meille est un nom d’emprunt : Jeannette veut témoigner mais ne veut pas être identifiée.

Jeannette Meille est née dans une petite ville industrielle du nord, Aulnoye-Aymeries. La fenêtre de sa chambre donnait sur un pont de la marbrerie où son père a travaillé quarante ans comme ouvrier. Malgré les modestes moyens de la famille la mère de Jeannette fera tout pour qu’elle reçoive la bonne éducation et l’enverra étudier en école privée.




Jeannette obtiendra son certificat à 13 ans sautera sa sixième mais les moyens de la famille ne lui donneront que la possibilité d’entrer en école de comptabilité.

Avant son mariage elle travaillera sept ans comme assistante dentaire et c’est avec son mari qu’elle quitte le nord pour s’installer à Volkrange en 1986. Il est technicien dans le nucléaire et Jeannette devient assistante maternelle agrée. Elle gardera une dizaine d’enfants sur une période de quatre ans et demi, principalement les enfants des maisons voisines dont les habitants travaillent aussi à E.D.F.



En 1996 elle est obligée de quitter le foyer conjugal, divorce et s’installe aux basses terres à Thionville avec ses deux enfants. Elle perd forcément sa clientèle de Volkrange même si elle conserve ses amies. Elle n’a qu’une petite pension pour élever ses enfants. Mais elle ne dira à personne autour d’elle qu’elle bénéficie du rmi/rsa. Pour elle, c’est comme porter une étoile jaune. Parfois elle se retrouve un peu à porte à faux quand, parmi les gens qui viennent volontiers lui confier leurs soucis, certains dénigrent les Rmistes. Jeannette ne veut pas de cette étiquette car elle n’est pas enfermée dans un état de précarité sans espoir d’en sortir, elle est accidentée de la vie mais ne vaut pas moins que les autres.


Elle va avoir soixante ans et n’a pas besoin d’être accompagnée dans ses démarches : elle peut se débrouiller toute seule pour la plupart des choses.

En 1999 elle a décroché un C.E.S, contrat emploi solidarité dans une école de Sierck-les-Bains. 50 km par jour pour 2900F (environ 450€).

Jeannette adorait ça mais cela n’a duré qu’un an et en 2001 elle subit les premières attaques de fibromyalgie. C’est une maladie qui s’attaque aux muscles et qui est très handicapante mais les instances de la Cotorep*, commission technique d'orientation et de reclassement professionnel, ne lui reconnaitront pas incapacité de travailler au dessus de 80%.

Elle n’aura aucune allocation et ira en vain deux fois devant les tribunaux. Jeannette ressent ce refus comme un manque de reconnaissance et une injustice.


Dans le cadre du dispositif d’insertion du centre le Lierre Jeannette participe à un atelier de relaxation. Elle se rend compte de la chance qu’elle a de bénéficier de ces séances.

Elle apprend beaucoup sur elle en relaxation et elle met les exercices en application chez elle régulièrement.

Dès qu’elle se sent stressée, elle pratique la « respiration profonde ».

Les gens ne sont pas très assidus, ils ne semblent pas comprendre que c’est une forme d’hygiène de vie et ils attendent souvent des résultats immédiats alors qu’il faut un minimum de discipline et faire bien sûr les exercices à la maison.



Jeannette s’est habituée à vivre dans son quartier, de son balcon, elle a une vue magnifique. Elle regarde les travaux d’aménagement du parc au pied des tours et se demande à quoi ça sert si comme elle l’a lu dans le témoignage de Christiane Schneider sur le blog, il n’y a plus vraiment de tri sélectif dans les tours Roland.




Elle continue à le faire malgré tout mais elle comprend maintenant pourquoi il y a souvent des monticules sur les côtés de la place.

Elle ne craint pas l’ennui car il est toujours source pour elle de connaissance : il suffit d’ouvrir un livre. Le remède contre la misère comme dit monsieur Hulot. C’est la solitude qui lui fait peur, l’isolement du cœur et le sentiment d’abandon.






Elle retourne régulièrement visiter sa famille à Aulnoye et a rencontré là-bas une dame de 88 ans avec qui elle entretient une correspondance régulière depuis trois ans maintenant. Elles s’écrivent deux fois par mois. Bientôt elle aussi sera retraitée.





*la cotorep est remplacée aujourd’hui par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées la C.D.A.PH


mardi 23 février 2010

Arnaud Zolver, une vocation précoce


Sans boulangerie, il n’y a pas de quartier. La boulangerie est le lieu de rencontre où les gens viennent raconter leurs histoires, les anciens comme les infirmières de la clinique au bout de la rue de Villars.

La boulangerie, Arnaud Zolver est tombé dedans quand il était petit. A treize ans, l’école l’ennuie déjà passablement et ses parents le mettent au défi. Ils lui organisent un stage chez le boulanger du quartier pour qu’il se fasse une idée de ce que c’est que travailler.

Et là, surprise! Arnaud a le déclic, oui, mais celui de la passion pour le pain qui ne l’a plus lâché depuis. A sa sortie de troisième il entre en apprentissage, il a seize ans. A la fin de la première semaine, quand le patron le fait appeler, il se demande ce qu’il a fait mais dans l’enveloppe, il y a un billet de 200F (30€). C’est son premier argent gagné et il est content.

L’apprentissage c’est deux jours de cours à la chambre des métiers et normalement quinze heures en boulangerie pour la pratique. Mais comment apprendre en si peu de temps ? La réalité est que les semaines sont bien plus longues que ça. Mais c’est la règle et ceux qui n’ont pas un grand désir de devenir boulanger finissent par choisir une autre voie. Sur trente apprentis en C.A.P, dix peut-être seront encore boulangers dix ans plus tard.




Arnaud a passé son C.A.P à 18 ans et son brevet professionnel à 20. Il n’a pas terminé sa maitrise, il lui reste le module reprise ou création d’entreprise à valider mais à 23 ans il a eu besoin de souffler : les cours du soir après une journée de travail, c’est exigeant.

Il pense maintenant pouvoir prendre le temps de refaire les deux dernières années de maitrise pour parfaire son parcours et envisager l’avenir en bonne position.

Arnaud a toujours aimé ce métier, son plaisir est de créer avec ses mains et il a une grande satisfaction quand il sort le pain du four et qu’il est bien.

A la boulangerie Berns à Thionville où il travaille depuis quelques années, il est aussi en contact avec la clientèle : c’est vraiment gratifiant de vendre une baguette et de voir le client mordre dedans en sortant du magasin.


Aujourd’hui c’est au tour d'Arnaud de former un apprenti, le jeune Aurélien. Pour Arnaud, la passion du pain est égale à la nécessité de transmettre son savoir.

Il a appris avec un maitre et c’est de lui qu’il tient son ambition de faire un bon pain : un bon pain est un pain travaillé à la main. Cela prend peut-être un quart d’heure en plus et certains patrons sont au quart d’heure près mais le pain est bien meilleur que quand il passe à la machine.
La machine écrase et chasse les gaz qui font la qualité de la pâte. Il faut respecter le temps de repos du levain et privilégier le travail à la main pour avoir saveur et bon goût.

Le travail est dur et les horaires décalés, Arnaud commence à trois heure et demi et fini à midi, mais le soir il a tout le temps de préparer un bon repas…


Isabelle Soares, Wolly et Arnaud en démonstration à la fête de quartier du Lierre de 2009

Ses loisirs, Arnaud les consacre au sport. Il a connu la boxe anglaise et le kick-boxing mais depuis deux ans maintenant, il pratique la capoeira, un art martial brésilien où il s’agit plus d’évoluer avec son partenaire que de chercher à le battre. Le but de l’affrontement est de construire quelque chose de beau, quelque chose de bien.


dimanche 14 février 2010

Johanna Mercier, une fille du nord

Johanna Mercier est résidente du foyer Athènes à Thionville depuis septembre 2009. C’est là qu’elle a trouvé refuge contre la violence qu’elle subissait dans son couple. Elle essaie de se reconstruire.

Johanna a le mal du pays. Elle a adopté Metz et sa région mais elle rêve de retourner dans le nord. Elle a toujours un pincement au cœur quand elle évoque ses années de lycée à Lille, les sorties entre amies et les souvenirs de travail.



Jusqu’à dix huit ans elle a vécu chez son père, un ancien légionnaire, chauffeur de bus de son métier. Johanna a été élevée par sa belle-mère depuis l’âge de six ans avec les enfants que cette femme a eu avec son père. Après une dispute de trop entre les deux femmes, le père a tranché et demandé à sa fille de quitter la maison.



Même si, à l’époque, elle s’est sentie traitée pire qu’une étrangère, Johanna va profiter de cette liberté soudaine. Elle trouve un travail de serveuse et prend une chambre au F.J.T. Elle renoue aussi avec les enfants de sa mère défunte que son père avait maintenus à distance et qu’elle ne connaissait pas.


Aujourd’hui elle aimerait bien revoir son père et vider l’abcès. En huit ans elle a vécu. Elle a connu l’amour, la galère, la rue mais maintenant elle a une petite fille de quatre ans.

Elle ne veut pas prendre ce prétexte pour renouer avec son père car il ne sait plus rien d’elle. Mais elle veut lui montrer que si dans le temps il la trouvait incapable, elle a quand même réussi à devenir une maman.

Il y a sept ans en arrière, elle avait quitté le nord avec son premier amour, sillonné le pays de long en large avant de prendre Metz comme port d’attache.

la gare de Metz sur une ancienne carte postale et une rue de Metz nord.


Mais l’aventure et l’argent facile ont pris fin le jour où ce garçon a été arrêté pour vol avec agression.

Le retour à la réalité a été dur. Elle a regardé autour d’elle dans la rue et elle s’est demandé ce qu’elle ferait de sa vie quand elle aurait quarante cinq ans si elle continuait comme ça. Et puis l’argent, ça ne tient pas la route, elle l’a toujours flambé.


Johanna rencontre alors un garçon stable qui lui offre de refaire sa vie avec lui.

Une petite fille nait et Johanna découvre cette existence nouvelle si opposée à ce qu’elle avait connu. Elle apprend à maitriser son budget et ses envies. Elle va à la Mission locale de Metz nord qui l’aiguille vers une formation d’assistante de vie au centre A.F.P.A de Woippy qu’elle interrompra pour s’occuper de sa fille.


Après la naissance les rapports changent assez vite dans le couple. Et si Johanna reste c’est uniquement pour sa fille. La distance et la violence s’installent jusqu’à ce jour de septembre où elle demande asile au foyer Athènes. La violence conjugale lui fait plus honte que les bêtises qu’elle a faites dans le passé : elle avait choisi sa vie et là elle la subit.



Le père de sa fille à qui elle ne voulait pas refuser de voir sa fille, a profité d’un week-end où il gardait la petite pour la lui enlever. A présent et elle ne peut voir sa fille que deux jours par semaine et un week-end sur deux.

Mais Johanna n’a pas envie de pleurer sur son sort. La vie lui a ouvert les yeux et elle est devenue méfiante. Elle garde ses sentiments pour elle car elle sait transformer les émotions négatives en force pour se battre. Elle doit trouver un contrat de travail et un logement.




Son éducatrice référente l’a positionnée sur un chantier d'insertion à Tremplin, l’association intermédiaire qui accompagne les demandeurs d’emploi. C’est un atelier "art meubles" où on transforme des meubles récupérés par Tremplin et Johanna a vraiment envie de mettre en application sa passion pour la décoration et les beaux arts.


un dessin de Johanna