jeudi 11 février 2010

Oliviero Arena a sa dignité

Oliviero Arena a 49 ans et habite boucle de la Milliaire à Thionville depuis quatorze ans maintenant. Oliviero est cariste de profession, un bon cariste.

Depuis l’armée il a toujours travaillé en intérim mais ce n’est pas son choix. Il aurait aimé décrocher un Cdi comme tout le monde mais les choses se sont faites comme ça, il y avait toujours du travail, on l’appelait régulièrement et il a calqué sa vie sur cette façon de travailler. Et puis en intérim, on est bien payé si on compte les primes de fin de contrat et de précarité. Par exemple en travaillant trois jours par semaine à Luxair, mercredi samedi dimanche, il arrivait à se faire 260€ par semaine et pour douze jours de travail dans le mois cela faisait une paye de 1200€.

un cariste en action

Oliviero pouvait ainsi disposer du reste de son temps.

Il se débrouillait bien : Oliviero n'a jamais passé le permis et pour aller travailler, il avait acheté une voiture sans permis. Il faisait 84 km aller retour pour aller travailler, Frisange, Hespérange, à droite à la poste à Contern et enfin Sandweiler.


la route à partir de frisange pour rallier sandweiler


Ils lui disaient demain à quatre heures du matin, ils savaient qu’il serait pile à l’heure à décharger les camions jusqu’à midi. Il aimait bien quatre heure-midi car il avait toute le reste de la journée pour lui.


le genre d'entrepôt où intervient le cariste

la zone de fret à Sandweiler


Et puis en 2006, Luxair a changé de rythme de travail en passant aux 2/2, deux matins, deux après-midi et deux nuits de suite. Les embauchés en fixe on râlé car ils estimaient perdre des congés mensuels. Il y a eu une grève et à la fin, des quarante intérimaires travaillant sur le site ils ont choisit les trente plus anciens et les ont embauchés en fixe.


le blason de Sandweiler

Oliviero n’est pas du lot, il a 47 ans et se retrouve sans argent. Lui qui parvenait toujours à l’équilibre entre les périodes d’activité et les indemnités de compensation versées par l’Assedic, il a épuisé tous ses droits. A un mois près, il n’a pas le droit à l’A.s.s, allocation de solidarité spécifique et il bascule dans le R.M.I, revenu minimum d’insertion. Il a quatre crédits sur le dos, les agios montent en flèche et il ne peut plus payer : le 15 mai 2009 le tribunal le déclare en faillite personnelle et efface ses dettes. On n’a pas le droit de saisir l’argent du Rmi* et il ne possède rien. Cela n’empêchera pas un des organismes de crédit de le harceler longtemps après mais son avocate le rassure : ils essaient toujours d’impressionner les gens pour essayer de récupérer l’argent.

Bon, grâce à l’aide au logement il ne paye que 107 € de loyer et il a 400€ pour survivre. Il aimait bien aller chez Flunch, maintenant il mange des pâtes et il cherche désespérément du travail.

Il est cariste mais qui va seulement le recevoir ? Oliviero voudrait que les employeurs se basent sur lui : son C.V ne le sert pas et personne ne le reçoit pour lui permettre de défendre sa candidature. Il s’est toujours trouvé du travail tout seul mais il est déçu de la façon dont on oriente les gens de son âge. Un jour, pour un travail dans les espaces verts, il rencontre à l’Anpe un patron qui lui pose des questions idiotes : savez vous tondre le gazon ? Vraiment ras ? Que pourriez-vous nous dire pour nous amener à vous embaucher ? Prenez-vous des drogues, de l’alcool ?..... Pourquoi devrait-il s’abaisser à répondre à des questions pareilles ? A-t-il une tête de vagabond ? Est-il mal habillé ? Il s'est senti délaissé et blessé dans sa dignité.

Heureusement, Oliviero Arena a le moral : grâce à son amie et grâce aux séances de relaxation du centre le Lierre. La relaxation chasse son stress, lui permet de voir des gens et de rester motivé. Oliviero est obligé d’avoir le moral, c'est un mec vivant, il tient à sa personnalité.


la vue depuis l'appartement d'Oliviero Arena













*R.S.A aujourd’hui

mardi 9 février 2010

christiane schneider, une femme de terrain

Christiane est adjoint technique de deuxième classe à l’O.P.H. de Thionville. Ce qui veut dire maintenir propres les entrées et les abords des tours Roland pendant la semaine et boucle de la milliaire un weekend sur deux.

Tout le monde l’appelle Christine, et c’est bien comme ça car Christine est aussi le nom d’une de ses filles. Christiane a eu sept enfants et Christine, trente deux ans aujourd’hui, est celle qui peut s’occuper le plus facilement de sa mère. Elle fait aussi le lien entre elle et ses autres filles, Sylvia et Lydia, trop malades toutes les deux pour se déplacer.

La mère de Christiane avait eu cinq filles et deux garçons, Christiane, elle, a subi le même sort en inversant les proportions. Sa mère en est morte à l’âge de soixante cinq ans.


Cette jeune mariée de vingt ans ne connaissait rien, sa mère ne lui avait rien transmis. Les quinze ans de son premier mariage, elle les a passé à Ars–Laquenexy dans la campagne de Metz, a donner à manger aux animaux. La ferme comptait 400 bêtes et cette vie au grand air lui plaisait.


Ars–Laquenexy


Mais elle a quitté la ferme pour tenter de vivre autre chose. Christiane loge alors dans un foyer et dans ces conditions il ne lui est plus possible d’élever ses quatre premiers enfants. Elle ne pourra empêcher que ceux-ci soient placés jusqu’à leur majorité.

Christiane partagera sa vie les douze années suivantes avec un conducteur d’engin qui lui donnera trois enfants. Et là encore la séparation sera difficile, elle passera plus d’un an dans un foyer de femmes seules.

Mais elle n’aime pas l’ambiance des foyers, elle préfère rester seule et trouver du travail. Dans sa famille tout le monde aime travailler.

Elle arrive à Thionville en 2002. Elle travaille d’abord dans les cuisines d’un restaurant du centre ville, seize heures par jour pour cinq mille francs par mois et puis l’Anpe l’envoie à l’O.P.H, l’office pour l’habitat de la ville où elle va pouvoir faire ses preuves.


Aujourd’hui elle s’occupe donc des tours Roland pendant la semaine et un dimanche sur deux boucle de la Milliaire. Là-bas, elle nettoie les entrées et veille à la propreté des bornes de tri car les gens ne prennent pas le temps de déchirer en morceaux les gros cartons et les laissent s’entasser autour des bornes.

Il y a quatorze bacs poubelles place Roland, à sortir deux fois par semaine et à laver deux fois par semaine pendant l’été.

Mais pas de tri sélectif car les gens ne font pas attention : au début les bacs n’étaient pas ramassés en cas de mélange avec les ordures et à la longue le tri a cessé. Christiane veille aussi à la propreté des paliers de chaque logement, confiée aux habitants à tour de rôle.

Christiane et Agnès sa collègue d'Onet qui s'occupe de l'intérieur des tours


C’est simple, quand elle constate que c’est sale, elle le signale aux intéressés et si rien n’est fait dans les temps, Christiane nettoie le palier et fait son rapport à l’office qui facturera le nettoyage aux locataires. C’est pareil pour les gens qui entassent de vieux meubles au pied de l’immeuble si c’est l’office qui vient débarrasser.

Cela ne facilite pas toujours les rapports avec les locataires mais la plupart apprécie ce qu’elle fait et Christiane se sent soutenue par l’office. Elle fait son travail consciencieusement et s’il faut boucher un trou à rat sous les arcades elle le fait. Elle supporte aussi le manque de respect de certains jeunes laissés à eux-mêmes qui squattent une des deux tours sans se soucier de garder les lieux propres.

Son travail est dur et fatigant mais Christiane ne supporterait pas d’être enfermée dans un bureau. Elle travaille seule, elle vit seule et elle apprécie cette autonomie. Elle a perdu le contact avec ses trois derniers enfants, Sophie, Edouard et Hélène que leur père a monté contre elle. Elle n’a plus de nouvelles de son fils ainé, Jean Marie, marin au long cours. Elle sait qu’elle est treize fois grand-mère. De ses six semaines de congés annuels, elle ne s’accorde qu’une semaine ailleurs : elle la passe chez sa fille Christine. Elle est solitaire et têtue.



aujourdhui, les travaux de la place Roland ont commencé, perturbant un peu la vie au pied des tours


lundi 1 février 2010

Hervé Mergey: une vie.



C’est la vie qui a amené Hervé Mergey au Fomal de l’avenue de Douai à Thionville. Le 10 octobre 2008, Hervé a quarante sept ans et il est à la rue.

Hervé n’a pas honte de le dire, c’est l’alcool qui l’a amené là.

En 2004, après vingt ans de travail, il quitte la Sncf. Pourtant il aimait bien son métier. Il était chef de manœuvre à Woippy, le plus grand triage de France, 24 heures sur 24. Son travail consistait à former des trains jusqu’à sept cent mètres de long, en guidant le mécanicien par radio depuis la voie. Une vraie responsabilité.

Mais sa vie de famille s’est détériorée, sa mésentente avec sa femme l’a enfermé dans l’alcool et un jour, submergé de dettes, il n’a plus pu supporter les commentaires insultants de ses collègues. Il a perdu son contrôle et laissé exploser sa violence contenue.

Après c’est la séparation, la perte de son travail et la prison en 2005. Huit mois à Queuleu : en arrivant on a vraiment peur car on ne sait jamais avec qui on va tomber. Mais dans son malheur, il a de la chance car il obtient un travail au mess, à l’extérieur de la prison et son codétenu est un bon camarade. De la prison, ce qui le choque le plus c’est le manque d’intimité. Dans les cellules, les toilettes ne sont pas séparées du reste et on est constamment sous le regard des surveillants. C’est révoltant mais il l’a vécu. Il a fait tout pour que ça se passe bien : il faut qu’il reste calme pour ne plus y retourner.


Le père d’Hervé était mineur. La mine de Valleroy avait fermé quand il avait cinq, six ans et son père après un essai à l’usine d’Hagondange, était retourné à la mine, à Bouligny cette fois.



Son père était aussi bûcheron et Hervé le suivait dans les bois. Ce petit homme d’un mètre cinquante huit débordait d’énergie et travaillait tout le temps. Il n’était jamais à la maison.



Enfant, Hervé n’était pas bagarreur et c’est son père qui lui a dit un jour de se défendre tout seul pour régler ses problèmes au collège. Il a découvert la boxe française et les gants blancs.

à Piennes en 1978



C’est devenu son sport favori et à la fin des années 70, il est devenu vice-champion de lorraine. Son départ à l’armée l’empêchera de devenir moniteur mais lui permettra d’acquérir d’autres techniques de combat.

l'armée en 1980



Hervé encaissait tout jusqu’à un certain point. Mais quand ça pétait… ça pétait ! Aujourd’hui il règle les conflits autrement. Il préfère prendre les choses à la rigolade car une bagarre, on ne sait jamais comment ça se termine. Avant, il gardait pour lui ses problèmes familiaux. Quand ça ne va pas, il coupe les ponts. Mais maintenant il essaie de dire les choses. C’est pour ça qu’il aime la relaxation qu’il pratique au centre le Lierre. Il n’y croyait pas mais il a découvert que si on le fait sérieusement ça agit vraiment : ça relaxe.

Depuis le mois de novembre, Hervé a renoué avec l’association des Croix bleues. Il a donné un coup de main au stand qu’ils ont sur le marché de Noël de Yutz. Les Croix bleues est une association d’aide aux alcooliques qu’il avait fréquenté assidument entre 1999 et 2003.


membre de la croix bleue en 2000

le marché de Noël à Yutz


Il était même devenu membre actif, c'est-à-dire abstinent depuis au moins neuf mois d’affilée. Cela lui permettait d’épauler quelqu’un d’autre à son tour, après une formation à Villers les Nancy. Au début, sa femme venait aussi aux réunions de membre car la famille doit être solidaire pour que ça marche. Mais il avait rechuté et préféré jouer franc-jeu : après 52 mois sans le moindre alcool, il avait perdu son statut de membre. Aujourd’hui le stand des Croix bleues est anonyme pour éviter les malentendus : le vin chaud y était si bon que les clients n’ont pas compris quand on leur a dit qu’il était fait à base de jus de raisin et pas de vin.

En ce moment Hervé Mergey partage un logement du Fomal avec deux colocataires. Le Fomal, on peut compter sur eux, ce sont des professionnels. Quand on arrive sans ressource, on a droit à des tickets de 25€ par semaine d’achats alimentaires et d’hygiène. C’est mieux que rien : certains jeunes, on leur donne tout mais ils n’ont pas de respect. Ce n’est pas son rôle mais quand il voit les choses, il les remet à jour.

Les premières vacances en famille, 1993


Hervé avait famille maison travail. Maintenant c’est le RSA. Il a toujours réussi à s’en sortir. Les éducatrices du Fomal le poussent à agir. Mais il a du mal à croire qu’on peut refaire sa vie avec 400€ par mois à 48 ans.




le Fomal, foyer mosellan d'aide aux libérés, se trouve au 19 Avenue de Douai 57100 Thionville , 03 82 53 92 65.






la Croix bleue à Thionville-Yutz: http://pagesperso-orange.fr/alcool57cb

A propos du Fomal, l'article sur Marc Betou.

creff@wikithionville.fr



samedi 23 janvier 2010

WIKI@THIONVILLE

wikithionville est en ligne!

Un site collaboratif wiki, c’est une première à Thionville mais il existe déjà des modèles en fonction comme le « Wikibrest » depuis 2006.Un site « wiki » est une sorte de bibliothèque vivante toujours en évolution : il rassemble les articles mis en ligne par les gens qui veulent contribuer à la construction du site en écrivant sur tous les sujets envisageables : il s’agit aussi bien de témoignages historiques sur la vie des habitants que de recueil de pratiques comme la cuisine, la photographie, le sport, l’art.

Les témoignages que nous recueillons ici même donnent une idée du genre de travail que l’on peut faire avec un site wiki : il suffit de ses tourner vers les gens qui nous entourent, que l’on croise peut-être mais dont on ne connaît pas forcement l’activité : ces découvertes changent la perception ordinaire que l’on peut avoir de son environnement habituel. Apprendre l’histoire de sa Ville à travers l’histoire d’une personne, apprendre à connaître des métiers qui existent autour de nous, connaître les engagements des habitants, faire connaître ses propres engagements, découvrir les formes de solidarités locales existantes, … tout cela forme une image plus complète et peut servir de référence pour avancer sur son propre chemin.

En plus, la particularité du « wiki », c’est la possibilité de collaborer à la conception et à l’écriture des articles : chaque contributeur peut intervenir dans le contenu d’un article pour corriger une erreur ou apporter des précisions.




Mais le « wiki » c’est aussi la possibilité de réunir les initiatives locales et de les valoriser, assurer une plus grande visibilité aux associations qui participent à la vie sociale de la ville. C’est pourquoi nous appelons les gens intéressés par le développement d’un tel site à prendre contact avec nous et à contribuer car on ne peut prévoir toutes les applications nécessaires au fonctionnement du site à l’avance : un site collaboratif se construit progressivement.

A Thionville, nous commençons modestement avec les équipements du Centre « Le Lierre », son équipe multimédia et les relais informatiques déjà disponibles dans les quartiers. Mais le projet n’en est qu’à ses débuts et son développement dépendra de son succès.

Nous cherchons d’abord à faire connaître l’existence du site et à constituer des groupes de travail avec des gens intéressés par la démarche. D'un côté, ateliers de sensibilisation, où l’on évoque l’environnement « wiki » et ses règles, les impératifs de droit de publication et de propriété intellectuelle sur le net, l’accès au site lui-même et la manière de se déplacer parmi les catégories d’articles grâce au menu. Ensuite, ateliers d’écriture où l’on expérimente en groupe les manières de rendre compte d’un événement, d’un témoignage ou d’une pratique.



Les contributions au site sont libres et les contributeurs ont le choix : soit ils publient leurs textes en les rendant accessibles à tous et à la copie soit ils publient de façon à ce qu’on ne puisse modifier ou copier leur articles.

Dès que le site fonctionne, un modérateur veille au bon usage du site en communiquant sur les pages communes rattachées aux articles ou sur les pages personnelles des contributeurs. Mais son intervention devrait se limiter à la forme des articles ou à des remarques sur le contenu sur les pages de discussion. Le but est que les utilisateurs du site accèdent rapidement à l’autonomie en se familiarisant avec la catégorisation des articles, les liens hypertextes et la façon de les utiliser et les licences de publications à cocher ou à ajouter en mot "tag" à la fin des articles.

Dans la pratique, en plus des ateliers de sensibilisation et d’écriture, on peut imaginer des jours « WIKI », « wikidays » où les contributeurs pourraient se réunir à intervalle régulier, pour échanger sur leurs pratiques informatiques et sur les actions innovantes mises en place autour et grâce au site collaboratif. Et pourquoi pas comme à Brest, une fête internet à Thionville.


logo et affiche : Xavier Riallot






l'équipe du wikithionville

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Contacts : Thierry Léger / Hervé Creff

03 82 54 39 97 ou 03 82 82 11 70

lelierre.centre@wanadoo.fr

article: creff@wikithionville.fr


Informations complémentaires :

Centre « Le Lierre » - place Roland - 57100 Thionville


vendredi 22 janvier 2010

André Lhommé : le plaisir d’apprendre.


André Lhommé est professeur retraité d’histoire géographie et cela fait maintenant douze ans qu’il participe aux séances d’accompagnement scolaire organisées chaque fin d’après-midi dans les locaux du centre le Lierre, 19 boulevard Charlemagne.

André n’était pas pressé de prendre sa retraite et à soixante ans il est allé proposer son aide au centre du volontariat, près du temple en ville. Là, il a été orienté vers le Lierre pour intégrer un groupe d’aide aux devoirs destiné aux collégiens et aux élèves du primaire.

C’est au Mille club, aujourd’hui le local des fourmis, que se rassemblaient les enfants. A cette époque les jeux de l'endroit, fréquenté par les adolescents dans la journée, faisaient partie de l'accompagnement . Aujourd’hui, boulevard Charlemagne c’est le parc d’ordinateurs qui joue ce rôle. Les enfants utilisent internet dans leur recherches et parfois en profitent pour découvrir les jeux en ligne!


André Lhommé parmi ses élèves du lycée Hélène Boucher à Thionville

Pour André, enseigner c’était d’abord un métier. A son époque, presque la moitié des élèves d’une même classe devenait enseignant, c’était le métier le plus facile parce que les besoins étaient grands : dès qu’on avait le Bac, on pouvait enseigner l’année suivante.

En 1959 il sort de l’école normale et devient instituteur. Mais il ne se voit pas passer quarante ans à ressasser le B A BA. Et, pour évoluer, André va suivre les cours qui lui laisseront le temps d’enseigner en même temps, l’histoire géographie. Pendant cinq ans, chaque mercredi André va à Nancy en fac d’histoire et après dix ans comme instituteur il devient professeur en 1969, juste après la tempête qui a troublé le pays. Mai 68 et son cortège de manifestation, de sit-in et de discussions lui auront permis d’obtenir deux certificats au lieu d’un en un an : à trente ans, le voilà professeur, lui qui n’avait jamais eu de vrai prof d’histoire à l’école !

André n’a jamais regretté son choix d’enseigner. Quand on enseigne l’histoire beaucoup de choses passent à travers le cours proprement dit : on enseigne aussi la langue et on aborde de nombreux domaines différents.

Et puis il y a toujours à apprendre, les programmes changent et le professeur doit souvent compléter ses connaissances.



L’histoire mènera André à l’archéologie et en 1976 il rejoint un groupe d’archéologues sur un site où on fouille une tombe de l’âge du bronze à Sierck-Rustroff. Il réussira à intéresser ses élèves à sa passion, trois d’entre eux demanderont d’ailleurs à participer à un chantier d’un mois pendant les grandes vacances, deux ans de suite.




L’école a changé et ce que les enfants apprennent à l’école est plus fouillé et plus précis que dans les années soixante.



Au CE 2 on parle par exemple de triangle scalène pour désigner un triangle ordinaire aux côtés inégaux tandis qu’au collège on évoque les déictiques, les focalisations internes et les schémas actanciels.

Les parents sont souvent devenus incapables d’aider leurs enfants. André lui-même a dû tout recommencer en maths pour être à niveau. D’années en années, il met ses connaissances à jour grâce à l’aide aux devoirs. Il continue à s’intéresser à tout, comme au langage que les élèves utilisent entre eux et qu’il a bien du mal à déchiffrer parfois.

La seule chose qu’André déplore est le manque de contact avec les parents et l’absence de passerelle avec l’école. Il est difficile de savoir comment les élèves qui suivent l’aide aux devoirs progressent en classe.


André a étudié dans un collège de frères maristes à Sierk. Il en est resté profondément marqué et aujourd'hui encore il est le web master du site des anciens du collège Sainte Marie.


saurez vous trouver le petit André sur cette photo?


L'ambiance et l'entente qui régnait entre tous, religieux, enseignants et élèves concordait à un climat favorable pour les études. Maurice Rey, un ancien a dit: "le collège Sainte Marie, c'était 68 avant la lettre". Le suivi des élèves était un souci majeur des enseignants et c'est grâce à cet environnement qu'André a pu surmonter sa timidité naturelle de jeune garçon et finir ses études dans de bonnes conditions.

Les élèves en difficulté retrouvent toutes leurs chances quand ils peuvent bénéficier de l'écoute d'un adulte : étudier dans un milieu aidant leur permet de combler plus facilement leur retard.


le jeune Guy Maas en tête du cross (photo vollot)

Aujourd'hui il est un peu inquiet pour les garçons qui fréquentent l'aide aux devoirs. D'ailleurs cette année il n'y a que quatre inscrits pour dix-sept filles. Les filles semblent plus tenues par leurs parents tandis que les garçons ont tendance à négliger leur travail. Comme s'ils ne voyaient pas l'intérêt d'être aidé à faire ses devoirs.










article : creff@wikithionville.fr